La Femme, l’homme, les mitsvot et l’étude

Dans les Lois sur Hanoukah, le Yalkout Yossef précise qu’en cas de besoin, une femme peut compter dans le minyan nécessaire pour allumer les bougies de Hanoukah avec leurs bénédictions dans la synagogue [Hadlakat ner Hanoukah BéBetHaKnesset 17]. La raison pour laquelle les femmes peuvent y participer dans ce cas précis est qu’elles aussi sont complètement concernées par l’allumage représentant la propagation du miracle de Hanoukah [Shabbat 23a]. Dans le même esprit une femme peut parfaitement acquitter son époux de l’allumage car cette mitsva s’applique également à elle [HaHayavim béNer Hanoukah 1]. A l’inverse, une femme ne pourrait ni acquitter un homme de sa Amida, ni participer au quorum requis, n’étant pas soumise aux trois prières quotidiennes, selon la règle de la Michna: «les femmes sont exemptes de toutes les mitsvot positives liées au temps » [Kiddouchim 1, 7].

Il y a donc certains cas dans lesquels la femme a un rôle à jouer dans le culte. Cependant, il ne faudrait pas commettre l’erreur de déduire des cas pratiques de ces quelques exemples, chacun devra suivre son Rav dans tous les cas. En effet, il n’est pas évident de considérer qu’une femme puisse faire partie du Minyan, même quand rien ne semble s’y opposer. Aussi Rabbi Moshé Isserles écrit-il à propos de la lecture de la Meguilat Pourim : « Il y a un doute quant à savoir si les femmes peuvent s’associer au Minyan [nécessaire pour lire la Méguila avec ses bénédictions] » [Rama, Or Ha Haïm 690, 18]. En effet, la notion de « Propagation du miracle » est complexe et il n’est pas toujours aisé de déterminer ce qui rentre ou non dans son application. Mais au-delà de ce problème strictement halakhique, il existe également une autre préoccupation : Si l’on arrive à une situation dans laquelle la question se pose de savoir si l’on peut ou non allumer les lumières de Hanoukah en associant les femmes au Minyan, c’est qu’il n’y a pas suffisamment d’hommes à la synagogue !

Dans la Guemara [Guittin 88b], alors qu’il est enseigné qu’une femme ne peut occuper la fonction de Juge, les Tossafistes s’interrogent sur le verset des prophètes enseignant que la prophétesse Déborah jugeait son peuple. Ils proposent deux réponses : D’après la première, il s’agirait d’un cas exceptionnel car la Présence divine résidait sur elle. D’après la seconde, Déborah ne jugeait pas mais conseillait ceux qui venaient la voir [Tossfot sur Ibid, s. v. «lifneihem »]. Une question se pose sur ces deux explications : Pourquoi Hachem aurait-il décidé d’attribuer un tel rôle à une femme ? En effet, les femmes ne sont pas soumises à l’étude de la Torah dans les domaines autres que ceux les concernant. Il aurait été donc plus logique que ce mérite revienne à un homme, plus à même d’enseigner à ses semblables, car concerné d’avantage par les questions posées.

Pour comprendre, attardons-nous un instant sur le Midrash suivant: « Qu’il s’agisse d’un non-juif ou d’un juif, d’un homme ou d’une femme, d’un esclave ou d’une servante, en fonction des actes de l’homme [ou de la femme] l’esprit saint repose sur lui » [Yalkout Chimoni 42 sur Chofetim 4]. D’après cet enseignement, Déborah était tout simplement la plus apte à retransmettre la parole divine. De même, pouvons-nous déduire qu’elle était également la plus apte à conseiller le peuple sur des questions de Halakha. Cependant, la question revient à son point de départ : pourquoi elle et non un homme ? A ceci un autre Midrash répond : « Rabbi Berakhia dit (…) : Malheur à la génération étant dirigée par une femme » [Ibid]. Je précise d’emblée que cette affirmation ne stigmatise pas les femmes mais, au contraire, elle pointe du doigt les hommes faisant partie de cette génération. L’idée est la suivante : si une femme dirige le peuple, c’est qu’aucun homme n’est apte à accomplir cette tâche.

Pris dans son contexte, cette sentence de Rabbi Berakhia s’applique à la génération de Déborah. Cette dernière devait assumer le rôle de conseillère en matière de Halakha car aucun homme n’était en mesure de le faire en raison de l’incompétence générale régnant parmi la gente masculine. Déborah devait donc sacrifier sa vie de famille et son rôle de mère pour réparer la carence existant alors en matière d’étude de la Torah.

Avant de poser certaines questions accessoires, il faut poser les questions principales. Pour revenir à notre sujet de départ, la question concernant nos communautés serait plutôt de savoir comment être sûrs de rassembler au moins dix hommes pour compléter le Minyan ; car même s’il arrive que des femmes s’associent à l’allumage des lumières de Hanoukah, elles ne pourront sauver la prière de Arvit qui ne pourra être effectuée bé-minyan en l’absence du quorum d’hommes requis.

Enfin, on constatera que de nos jours certains milieux auto proclamés « modernes » décident de nommer des femmes rabbins, qu’elles aient ou non cette appellation. Je crois qu’il ne faut pas se tromper de combat. D’après cette étude, il ressort qu’une femme pourrait être la principale conseillère en Halakha d’une communauté si celle-ci ne comporte que des incompétents. La mise ne place d’une telle fonction ne traduirait donc pas une progression de la place de la femme mais bien une régression de celle des hommes. Car n’oublions pas, il est souhaitable que les femmes étudient la Torah alors qu’il s’agit d’une obligation pour les hommes.