Techouva : Attention danger !!!

J’ai rencontré il y a quelques jours lors d’une réunion professionnelle un ami de longue date que je n’avais pas revu depuis plus de 15 ans. Je savais qu’à cette époque, lui qui n’était pas du tout religieux avait fait une téchouva extraordinaire et très rapide au point, très vite de se laisser pousser la barbe, et même de dormir vendredi soir dans son local professionnel pour pouvoir aller à la synagogue. Les progrès furent tellement rapides qu’au bout de quelques mois il arrêta même son activité professionnelle et partit étudier dans une yeshiva en Israël ! Il se maria et eut des enfants mais après quelques années divorça et commença à s’éloigner de la Torah jusqu’à finir par abandonner toute pratique et toute étude.

Nous nous sommes donc revus avec bien sur le plaisir de se retrouver après si longtemps mais aussi avec un étonnement réciproque, moi de voir qu’il avait tout abandonné après avoir tant progressé en Torah, et lui de me voir avec kippa et péots, ma téchouva étant bien plus récente que la sienne (environ 8 ans).
Je lui ai bien sur demandé de m’expliquer ce qui s’était passé et il m’a répondu que plus il avançait dans la Torah plus il subissait d’épreuves et de souffrances au point qu’il a décidé de tout abandonner pour pouvoir profiter des plaisirs de ce monde sans plus avoir ce joug sur lui !


Cette histoire dramatique, le mot n’est pas trop fort, m’a inspiré plusieurs réflexions :

1. Qu’une téchouva trop rapide, météorique est dangereuse et illustre bien un des moyens les plus pernicieux qu’ utilise le yetser ara (mauvais penchant) pour nous faire tomber, à savoir qu’au lieu de s’opposer de façon frontale à notre progression il va au contraire nous pousser à bruler les étapes à progresser le plus vite possible, à accumuler contraintes sur contraintes à notre gouf (notre corps) qui n’aura pas le temps de les digérer , de les assimiler. Comme l’a dit Rav Frankforter dans une cassette sur la paracha hebdomadaire, il va nous pousser à dévaler les escaliers 4 à 4 pour se précipiter vers des mitsvot dans l’espoir que nous nous romprons le cou en tombant !!!
Le conseil de sagesse est de ne pas aller trop vite dans sa téchouva, de laisser au gouf (au corps) le temps de s’habituer à des contraintes qu’il ne connaissait pas jusque là, de ne pas tenter de monter l’échelon supérieur tant qu’on n’est pas en harmonie, en équilibre, avec le précédent.
Il faut bien se connaitre soi-même, évaluer lucidement ses possibilités du moment et ne pas se lancer dans une aventure spirituelle au dessus de nos moyens (tout au moins provisoirement)

2. Que le combat contre le yetser ara (mauvais penchant) n’est jamais terminé, qu’il nous combat sans répit chaque jour jusqu’au dernier, illustrant la maxime de nos sages qui nous recommandent de ne pas avoir confiance en nous jusqu’au dernier jour de notre vie !
On ne peut absolument pas se fier à nos victoires d’hier ou d’avant-hier, chaque jour le combat reprend avec la même âpreté et les mêmes incertitudes quant à son issue

3. Que nos sages connaissent depuis toujours ces risques de démotivation dans le service d’H. comme nous l’enseigne la formulation bien connue du Shema Israël : « vehahavta et-H.Elokekha békhol lévavékha » (« tu aimeras l’Eternel ton D. avec tous tes cœurs »)
Le mot lévavékha aurait du être écrit libékha ( ton cœur),ceci pour nous signifier ,selon le commentaire bien connu, que les 2 bet de lévavékha symbolisent les 2 cœurs, le bon et le mauvais, avec lesquels nous devons aimer H. !
H. créateur de l’humain, est bien évidemment conscient de ces 2 penchants en nous et nous demande néanmoins de l’aimer avec ces 2 parties de nous-mêmes !!!
Mais si nous sommes dans une phase ou nous ne  « désirons » pas H., comment pouvoir l’aimer malgré tout ?
Réponse :(d’après Rav BERROS dans son »VERGER CONSOLATEUR »)  en sachant être PATIENTS lorsque nous sommes plongés dans la phase de « refus » d’H. Hazal (nos sages)  ont noté depuis toujours qu’il est dans la nature de l’homme « d’osciller » dans la relation qu’il entretient avec H. Chacun connait des hauts et des bas et personne n’est à l’abri de phases de « rejet » régulières et multiples. Alors H. nous demande de continuer à pratiquer notre avoda (service divin =pratique du judaïsme), même si à ce moment là elle est sans cavana (sans « intention », sans orientation dirigée vers le Ciel), même si les gestes ou les prières sont alors mécaniques et sans âme H. nous demande de continuer et de faire telle ou telle mitsva, même si notre cœur est ailleurs et que notre esprit se « rebiffe ».Il faut « s «  accrocher », s’entêter et continuer car tôt ou tard le désir de proximité d’H.reviendra et nous reprendrons notre ascension vers lui. Si nous abandonnions la bataille en phase de « descente », comme un alpiniste sur une paroi abrupte qui lâcherait sa prise, le retour du désir de la proximité d’H. Serait plus long et plus difficile, la chute vertigineuse irrémédiable pourrait survenir.

4. Le problème de l’augmentation des épreuves et souffrances au quotidien avec la remarque classique du baal-techouva : »depuis que je suis « entré » dans la Torah, j’ai encore plus d’ennuis et de soucis qu’avant ! » ce qui pourrait le conduire, comme dans le cas de mon ami, à se dire : »finalement il vaut mieux que je m’éloigne de la Torah, j’aurai beaucoup moins de problèmes et je pourrai vivre ma vie plus tranquillement !!! »
Ceci peut susciter 3 réponses : a) la préservation du libre-arbitre, faculté donnée à nous par D.et qui fait véritablement de nous des êtres pensants et libres et non des « robots », oblige H. à maintenir sur nous une certaine « dose » d’épreuves et de souffrances. En effet, si dès que nous faisons techouva, miraculeusement, notre vie devenait facile, l’argent coulait à flots, la santé, prospérité etc.…nous inondait cela se saurait et tout le monde, à moins d’être stupide ferait techouva (mais pas lichma !! = de façon non désintéressée)
                                                  
    b) notre perception des épreuves et des souffrances dépend de notre niveau spirituel ; plus nous nous élevons, plus ce qui était pour nous « avant » une souffrance le devient de moins en moins ; plus nous intégrons dans notre cœur que toutes les épreuves viennent du Ciel et moins nous souffrons. L’expression « tsaddik vé tov lo »(le juste ne reçoit que du bien) ne signifie pas que le tsaddik ne reçoit plus aucune souffrance, il les reçoit comme tout le monde, mais pour lui, compte tenu de sa madrega (niveau spirituel) ce ne sont plus des souffrances !

    c) Ces épreuves peuvent être  aussi en partie une faveur qu’H nous accorde pour réparer tout ou partie de notre passé ici-bas au lieu de nous faire réparer dans le monde d’en-haut ( ou le « tarif » est beaucoup plus élevé).De même qu’un fumeur qui arrête va avoir pendant quelques mois des phénomènes désagréables d’encombrement bronchique qui correspondent en fait au « redémarrage » des fonctions physiologiques d’évacuation des poumons qui avaient été paralysées par le tabac, de même le baal techouva va passer au début par une phase de « redémarrage » de ses fonctions spirituelles qui étaient paralysées par sa vie passée ! Donc là aussi il nous faire preuve de patience et de persévérance, car comme le disent nos sages « tous les débuts sont difficiles ! »

AU TOTAL, la téchouva pourrait être comparée à une très haute montagne, mettons l’Everest qui culmine à plus de 8000 m. La décision d’en faire l’ascension est instantanée, le projet a été arrêté dans la tète de l’alpiniste d’un coup ! La réalisation CONCRETE  de cette ascension va être beaucoup plus longue, les préparatifs, la réunion de l’équipe nécessaire, les efforts physiques seront considérables, et il faudra nécessairement faire des paliers pour s’habituer à la raréfaction de l’oxygène et ce, d’autant qu’on monte de plus en plus haut !
La décision de techouva est elle aussi instantanée, mais sa réalisation prendra toute une vie, il faudra avoir une équipe de « sherpas » (les Rabbanim) pour nous guider dans notre ascension spirituelle, il faudra savoir faire des « paliers » pour permettre à notre corps de s’adapter, ne pas vouloir bruler les étapes comme mon malheureux ami dans sa chute vertigineuse !
Le rêve d’atteindre le plus haut sommet spirituel c'est-à-dire la plus grande proximité d’H., est la plus belle ambition qu’il soit donné à l’homme Juif de caresser ,mais contrairement à l’alpiniste qui ne sera glorifié qu’une fois parvenu au sommet, on n’exige pas du baal-techouva qu’il arrive au sommet ( tant mieux bien sur s’il y parvient), mais qu’il fasse tous les EFFORTS  possibles dans ce but, car quelque soit « l’altitude » à laquelle il parviendra, basse, moyenne ou haute, ce sont justement tous les efforts consentis qui agréeront sa démarche aux yeux de D. !
N’oublions pas que D. ne désire rien tant que notre techouva, qu’il y a une étincelle de Divin qu’    H. a implanté en chacun de nous qui nous pousse puissamment mais secrètement à nous rapprocher de lui ! A nous d’écouter cette petite flamme qui brule au fond de nous, et de construire patiemment notre techouva sur toute la durée de notre existence, avec intelligence, lucidité, humilité, prudence mais résolution inébranlable pour qu’on ne  dise plus « TECHOUVA-DANGER «  mais « TECHOUVA –SUCCES » !!!

 

 Cet article a été rédigé par Claude Amzallag