La Mitsva de Tsédaka affective

On considère que 48 midoth (traits de caractère) permettent d’acquérir la Torah (Pirké Avoth 6 : 6). Parmi celles-ci, existe ce que l’on peut appeler la tsédaka affective, plus communément appelée « empathie ». C’est une écoute, non pas passive, mais bel et bien active. Il s’agit en fait de « porter le joug » de son prochain.

Dans la paracha Be’har-Be’houkotaï qui traite essentiellement de la chemita (année de repos shabbatique) et du yovel (jubilé) on retrouve les psoukim suivants :

« Si ton frère, se trouvant dans la gène, a vendu une partie de sa propriété, son plus proche parent viendra et il rachètera ce qu’a vendu son frère. » (Vayikra 25, 25)

« Si ton frère vient à déchoir, si tu vois chanceler sa fortune, soutiens-le, fût-il étranger et nouveau-venu, et qu’il vive avec toi. » (Ibid., 25, 35)

« Si ton frère, près de toi, réduit à la misère, se vend à toi, ne lui impose point le travail d’un esclave » (Ibid., 25, 39)

L’appellation « frère » fait ici référence au « frère juif ». Le Rav Mordekhaï Nathan explique dans son commentaire sur le verset 35 que les nechamoth des bnéis Israël sont liées, car issues de la même source (cité dans « Le Repas du Roi »).

De ce fait, il devrait être facile de vouloir faire du ‘hessed envers nos frères, puisqu’il s’agirait d’en faire en réalité envers nous-mêmes !!! Cela dit, étant donné que nous avons été mis dans des corps distincts, il nous est difficile de percevoir cette dimension. C’est un travail difficile. Ainsi, plus nous nous rapprochons d’Hachem en faisant ce ‘hessed envers notre prochain, plus cette différence s’estompe.


Le Rav Wolbe nous fait remarquer dans « Alei Chour » que :

«  Le ‘hessed ne consiste pas seulement à faire des dons. On doit apprendre à comprendre les autres pour remplir l’obligation de faire du ‘hessed. On doit essayer de comprendre leurs problèmes et de ressentir leurs souffrances ». (pp. 93-94)


Prenons l’exemple d’un acteur qui doit interpréter le rôle de quelqu’un qui vient de vivre un événement douloureux. L’une des méthodes va consister pour lui d’essayer de se remémorer dans son vécu quelque chose de similaire ou ce qui s’en rapproche le plus afin de pouvoir se mettre dans la peau du personnage et d’arriver à ressentir ce qu’il est censé effectivement ressentir d’après le script (perte d’un proche, divorce, fausse couche, maladie grave, etc. D. préserve !!).

Le cas échéant, son travail consistera alors à imaginer que le drame en question lui arrive, pour parvenir au mieux à ressentir ce que quelqu’un l’ayant connu peut éprouver.

Cet exercice est tellement efficace que l’acteur arrive même à pleurer d’une situation qu’il s’imagine juste vivre.

Eh bien, c’est un peu de cette façon que nous devons procéder pour faire preuve d’empathie envers notre prochain.


Qu’est-ce donc que cette empathie ?

Il suffit de montrer à l’autre qu’il n’est tout simplement pas seul face à ce qu’il vit. Cela peut aller d’une simple journée de travail désagréable à une véritable souffrance. Il faut chercher à partager son sentiment tel l’acteur se mettant dans la peau de son personnage. Il faut reconnaître ce que les gens en face ressentent et ne pas chercher à dédramatiser ou à banaliser, ce qui aurait l’effet inverse.

On retrouve aussi cette idée dans le verset de Devarim (15 : 7) « Si parmi vous, il y a un nécessiteux…, vous n’endurcirez pas votre cœur et ne refermerez pas votre main devant votre frère dans le besoin »


Comment procéder ?

Comment montrer alors que l’on est solidaire de ce que notre interlocuteur ressent ?

Comme nous venons de le dire, il s’agit d’une reconnaissance de ce que ressent la personne et de sa sensibilité. Il ne s’agit pas d’émettre son jugement ou ses propres sentiments, ni même de rechercher une solution purement cartésienne, du moins pas dans un premier temps.

Pour cela, il faut chercher à reformuler ce que ressent la personne, ce qui atteste de l’importance que nous octroyons à son sentiment, et valide par la même notre compréhension de la raison pour laquelle la personne s’en ressent affectée.

Enfin, il ne faut pas oublier que le même évènement arrivé à deux personnes différentes, de sensibilité différente, dans un contexte différent, n’aura bien évidement pas le même effet sur elles. Il faut donc tenir compte de la situation globale et du fait même que certaines personnes peuvent être embarrassées par trop de compassion.


Bien évidemment, il ne s’agit pas d’endosser les épreuves que chacun peut vivre et encore moins de manière permanente, ni de le faire à un moment ou avec une personne avec laquelle cela ne serait pas opportun.

Dans le cas de quelqu’un qui viendrait de perdre ses clés et qui voudrait simplement qu’on l’aide à les retrouver, ou bien encore de quelqu’un de vraiment malheureux qui aurait besoin de réels conseils pour résoudre ses problèmes ; l’empathie serait alors vraiment malvenue !!!

De même, lorsque certaines personnes sont excessives, il vaut mieux les divertir pour alléger leur peine plutôt que les laisser s’y complaire en écoutant leurs plaintes dont elles se nourrissent telle une dépendance.


Ainsi, il faut tout simplement se dire que lorsque l’empathie est la solution appropriée, elle montre aux personnes qui nous entourent que nous les comprenons et donc que nous les aimons. Ceci contribue ainsi à renforcer nos liens en nous rapprochant les uns les autres, et donc, par cette âme divine qui est en chacun de nous, à se rapprocher d’Hachem !!!


Cet article a été rédigé par Mme Elodie Ghertman de Cagnes sur Mer (d’après une idée de Miriam Adahan dans l’ouvrage « Où est le Cadeau ? »)