Mais qui est donc ce Tam ?

Le « Tam » que dit-il ? « Qu’est-ce que cela signifie/ Ma Zot ? » A lui tu diras : « D’une main puissante Hachem nous a fait sortir d’Egypte, de la maison d’esclavage. » (Shemot 13, 14-15 ; Haggadah de Pessa’h)

Si l’on se fie aux multiples traductions françaises de la Haggadah de Pessa’h, on a l’impression que le « Tam » n’est autre qu’un simplet à la tête aussi creuse qu’un « Tam-Tam » ( !). Diverses translations sont en effet proposées pour définir dans la langue de Molière un terme hébreu ne souffrant aucune correspondance exacte de par ailleurs. On trouve ainsi :

-Le Simple

-Le Simplet

-Le Naïf…….

Bref, autant de traductions inexactes nous faisant penser à tort que l’auteur de la fameuse question : « Qu’est-ce que cela signifie » ne peut-être qu’un enfant à l’esprit limité, incapable d’approfondir ou de détailler la portée de son interrogation.

 

Pourquoi cette traduction du mot « Tam » n’apparaît-elle pas satisfaisante ?

Tout simplement car la réponse qui est donnée à la question de ce dernier n’est pas une réponse adressée à un simple d’esprit. Au contraire, elle est destinée à un esprit vivace et perspicace tel celui du « Hakham/Sage ».

Certes, cette réponse de la Haggadah est tirée du passage du livre de Shemot, dans lequel elle constitue bel et bien une répartie à l’étonnement de l’enfant « Tam » : « Ma Zot/ Qu’est-ce que cela signifie ? ». Cependant, nous remarquons qu’une réplique similaire est également apportée à la question de l’enfant Sage dans Devarim 6, 20-21 :

Quand ton fils te demandera demain : « Que signifient les témoignages, les décrets, les règles que vous a ordonnés le Seigneur notre D.ieu ? », tu répondras à ton fils : « Nous étions esclaves de Pharaon en Egypte et Hachem nous a fait sortir d’Egypte d’une main puissante ».


Or, une réponse identique peut-elle être apportée à deux individus d’un niveau de compréhension diamétralement opposé ? Bien sûr que non ! L’auteur de la Haggadah a choisi de transposer la réponse donnée au Sage dans Devarim à la question du «Tam ». Il montre ainsi que celui-ci a les capacités d’entendre et de comprendre le sens d’une réponse intelligente, adressée originairement à un esprit solide.

Mais alors, pourquoi ne pas avoir placé dans sa bouche une question témoignant d’une compréhension complète de tous les tenants et les aboutissants du problème soulevé, à l’image de celle du « Hakham/Sage » ?


Si le « Tam » a la faculté de s’arrêter sur la solution qui lui est proposée, de l’analyser et d’y trouver la corrélation avec sa demande initiale, il n’a cependant pas la possibilité de faire preuve du même esprit d’analyse lorsqu’il présente lui-même les données.

La raison se trouve dans l’absence de vice qui le caractérise.

Nous apprenons cette caractéristique de la mise en parallèle des différentes explications de l’adjectif « Tam » ou « Tamim » associé à Noa’h (Ber. 6, 9), Abraham (Ber. 17, 1) ou Yaakov (Ber. 25, 27). Les idées d’ « intégrité », de « perfection » et d’ « entièreté », sont ainsi associées à ces personnages bibliques. Or, il existe un point commun entre ces différents concepts : ils sous-entendent tous une absence totale de vice, un esprit dénué d’arrières pensées sinueuses et intéressées.

De la même manière, nous remarquons que les traductions françaises proposées pour définir notre « Tam » sous-entendent également une absence de vice. La grande différence entre les translations de la « Tmimout » de Noa’h, Abraham et Yaakov, avec de celle du « Tam » de la Haggadah est que les premières traduisent une perception positive, alors que les dernières ont sans conteste une connotation négative :

Dans notre esprit, nul doute en effet qu’un homme intègre est un juste alors qu’un naïf est un imbécile !


En réalité, le « Tam » quel qu’il soit, est tout simplement celui qui ne connait pas le vice. Or, c’est précisément cette caractéristique propre qui l’empêche de poser une question détaillée sous-entendant concrètement plusieurs problématiques distinctes. L’idée de « sous-entendre » quelque chose n’existe pas chez le « Tam » car un sous-entendu, même employé à bon escient, traduit automatiquement une arrière-pensée. Or, qui dit « arrière-pensée » dit « vice ». Qu’il existe des vices constructifs et que la question du « Hakham/Sage » les emploient est certes probable. Cependant, le « Tam » ne peut les utiliser. Il est si droit que toute courbe lui est étrangère. Il ne peut que questionner directement, franchement et sans détour. C’est sa manière d’être.


Ne nous mentons pas à nous-mêmes. Nous considérons quasi-systématiquement les personnes de ce genre comme des simples d’esprit ! Nous associons automatiquement l’absence de vice à la « bêtise ». Nous sommes tellement habitués à employé un langage rempli de sous-entendus que celui qui agit différemment est perçu par nous comme une bête curieuse, et que le « Tam » de la Haggada nous apparaît comme un « bête curieux » !

C’est alors qu’intervient subtilement l’auteur de la Haggada pour briser nos idées fausses et nos jugements hâtifs : la réponse du « Sage/Hakham » est donnée au « Tam », c’est donc que ce dernier est également intelligent ! Incroyable : il est possible d’être dénué de vices tout en ayant un esprit brillant…

Voilà de quoi déconcerter nombre d’esprits tortueux, persuadés que l’intelligence trouve sa réalisation dans l’accomplissement de machinations tortueuses, destinées à s’enrichir aux dépends des personnes exemptes de vices, de ceux que l’on appelle communément « idiots ».


En conclusion, celui que l’on prenait pour l’ « idiot » reçoit la réponse intelligente. Il reçoit le EMET, la vérité, et la comprend. Peut-on en dire autant de ceux qui se sont toujours crus supérieurs à lui ?


PESSA’H CASHER VE « TAM SAMEAH » !