Le Hinoukh pré-natal

Le passage du stade de Baru’h (jeune homme) à celui de ‘Hatan (jeune marié) n’est rien en comparaison du changement qui attend le jeune marié : la venue au monde de son enfant.

Si le mariage est l’occasion de prendre ses responsabilités, la naissance du bébé oblige les parents à modifier certaines facettes de leur comportement, afin de pouvoir assumer les nouvelles responsabilités qui leur incombent.

Dans ses cours sur l’éducation, le Rav Wolbe, l’auteur du « Aléi Chour », insiste à plusieurs reprises sur l’importance de l’exemple des parents, sur l’effet, positif ou négatif, que ces derniers pourront produire sur leur progéniture, en fonction de leurs propres attitudes. Bien que l’idée soit en elle-même simple et largement diffusée dans les cours sur le ‘Hinnoukh (éducation), il convient d’en dégager un moussar particulier pour les jeunes mariés qui attendent un enfant : Il faut que les futurs parents s’éduquent eux-mêmes avant de penser aux questions générales de l’éducation.

 

Le Traité Sota (42 b.) enseigne : « Dès qu’un enfant sait parler, son père doit lui enseigner la Torah et la lecture du Shéma. Qu’entends-t-on par Torah ? Rav Hamnouné répond : « Torah Tsiva Lanou Moshé », Moshé nous a transmis la Torah…

Pour disserter sur un sujet, il faut le maîtriser. A plus forte raison lorsqu’il s’agit de l’enseigner. Pour apprendre le Shéma, il faut le connaître. Le connaître, ce n’est pas seulement savoir le réciter, mais également comprendre le sens des psoukim (versets) le composant, ainsi que leurs interprétations par les commentateurs du ‘Houmach.

Lorsqu’un professeur de lycée ou de faculté dispense un cours qu’il a peu préparé, ses étudiants le sentent tout de suite. La crédibilité de l’enseignant est tout de suite mise à mal auprès de ses élèves. Plus grave encore, la crédibilité de ce qu’il enseigne est remise en question. Ainsi, lorsqu’un père fait réciter à son fils le paragraphe du Shéma ou « Torah Tsiva Lanou Moshé » sans saisir la gravité et le fond de ces passages, c’est la Torah Kedocha qui risque d’être remise en question par l’enfant.

Bien sûr, l’on objectera que l’enfant tout juste en âge de parler ne recherche pas de puissantes explications sur le texte. Soit. Mais il attend des réponses claires et précises à ses questions, aussi naïves soient-elles. Or, pour être en mesure de proposer une réponse simple et concise, il faut au préalable savoir précisément toutes les données du problème posé.

D’après ce passage du Talmud, l’enseignement de la Torah par le père est si fondamental qu’il doit avoir lieu « dès que l’enfant sait parler ». Comment, dès lors, remplir convenablement cette tâche sans s’être imprégné de Torah avant que l’enfant ne soit parvenu à ce stade de son existence ?


Parallèlement à ce travail d’Etude et d’acquisition de connaissances indispensable à une transmission convenable des bases de la Torah, les futurs parents se doivent de réfléchir sur leur pratique quotidienne des Mitsvots : S’agit-il de gestes d’amour dirigés vers D.ieu ou d’habitudes machinales systématiques ?

L’exemple type est celui des berakhot (bénédictions). Avant de consommer un aliment, nous disons -à tort- la bénédiction en ne bougeant qu’à peine les lèvres, voir en avalant la moitié des mots. Difficile dans ces conditions de faire comprendre au futur Ben-Torah qui nous regarde l’importance du dialogue avec Ha-Chem. A l’inverse, le Rav Wolbe explique l’effet positif d’une bénédiction dite avec Kavana (concentration) sur le développement de l’enfant :

« Lorsque vous prononcez une bénédiction sur un aliment, ou le Birkat Hamazone, si vous ne marmonnez pas la bénédiction mais la prononcez distinctement à voix haute, les yeux mi-clos, vous verrez que l’enfant vous regarde, les yeux pleins de curiosité et suit ce que vous faites » (p.72). L’enfant s’aperçoit alors qu’il y a un interlocuteur au bout de la prière, qu’il existe une vraie communication entre ses parents et Le Créateur.

Dire que cette communication existe, c’est une chose. La prouver par son attitude, c’est une dimension toute différente, et ô combien plus porteuse.

Cependant, ce niveau ne s’atteint pas facilement. Pris par nos occupations et nos soucis, nous oublions bien souvent de prononcer distinctement la Berakha. La prise de conscience de cette nécessité, comme de tant d’autres, doit donc, pour avoir une portée optimum, s’opérer avant la naissance. Il ne faut pas négliger l’effet destructeur ou constructeur du moindre acte. Pour rester sur notre exemple, avant d’enseigner à son enfant les berakot, il faut que les parents saisissent leur sens et leur place dans leur relation avec Ha-Chem.


Sur le plan du caractère personnel, le Rav Wolbe explique par ailleurs (p.41) que l’enfant cherche par nature à s’identifier à ses parents et à les imiter. Partant de ce postulat, le mari et son épouse doivent procéder à une introspection pendant la grossesse de Madame :

« Quels sont mes défauts qui risquent d’avoir une influence néfaste sur le développement de l’enfant ? »

Pour en venir à mon exemple personnel, j’ai, depuis l’enfance, la mauvaise habitude de me ronger les ongles tout le temps. Lorsque j’étudie, lorsque j’écris, lorsque je suis en voiture,… . En étant honnête avec moi-même, je sais très bien que la continuation de cette pratique risque d’entraîner un stress anormal chez mon enfant à naître (Avec l’aide de D.ieu) si je ne parviens pas à arrêter.

Dans cet exemple, l’enfant voit le père se ronger les ongles, sent le stress et la nervosité qui est derrière, et s’en imprègne inconsciemment. Et ce, même si en apparence les parents s’adressent à lui d’une manière calme et posée. L’enfant voit au delà de l’apparence que les adultes tentent de lui montrer.


En réalité, comme l’explique le Rav, même le nourrisson ressent ce qui se passe autour de lui « L’enfant, dès sa naissance, est très réceptif à tout ce qui se passe dans son entourage, de jour en jour il grandit et prête de plus en plus attention aux détails. Il faut donc en avoir conscience et veiller à ce que notre comportement puisse lui servir de référence, de modèle. » (p.70). Une fois que les futurs parents ont conscience de cette donnée, la priorité s’impose d’elle-même : il faut mettre de côté pendant un temps les ouvrages sur le ‘Hinoukh pour reprendre les livres de moussar que l’on étudiait à la Yéchiva ou au Séminaire !

Les accès de colère, les injures, la tendance au laisser aller en dehors des heures de travail,… autant d’éléments à travailler au cas par cas, en fonction des failles de chacun. Ce n’est qu’une fois ces défauts corrigés que le travail d’éducation de l’enfant pourra commencer sur une base solide.

Il est certain que la correction des mauvaises midots (traits de caractère) demande parfois une vie entière. Ce n’est pas un ange qui va enseigner à l’enfant la manière de se comporter, mais bien un homme et une femme, avec leurs faiblesses, avec leur parcours composé de hauts et de bas. Je pense, et c’est là mon avis personnel, qu’il ne faut pas craindre d’expliquer les aléas de la nature humaine aux enfants. Si l’exemple est si important dans l’éducation, l’exemple de l’honnêteté et de la juste appréciation de soi est le minimum que les parents se doivent de montrer à leurs enfants.

Ainsi, si des cris ont éclaté devant eux, au cours d’une discussion entre le père et la mère, ce qui est inadmissible à priori, il faut alors expliquer la gravité d’un tel comportement à postériori, ainsi que la nécessité de faire Techouva et de produire d’immenses efforts pour ne plus recommencer.


Avant d’en arriver à cette « solution d’urgence », il vaut mieux prévenir que guérir. Le meilleur moyen pour les parents de fournir une cohérence entre leurs propos et leurs gestes est sans doute d’avoir fait ce travail sur eux-mêmes avant la naissance du premier enfant. Ce n’est qu’après qu’ils pourront rouvrir et étudier les livres sur le ‘Hinoukh


 … « Sans bonnes midot il est impossible d’éduquer correctement » (Rav Wolbe p.51)

i Cet article se base essentiellement sur le recueil des cours du Rav Wolbe sur l’éducation : « Semer et Construire, propos sur l’éducation ». Les références mentionnées dans l’article proviennent donc de cet ouvrage.