Assister ou Assistés à la prière ?

Il n’est un secret pour personne que la majorité des fidèles d’une Synagogue préfère fréquenter la salle de prières que les cours de Torah. Partant de cette idée, j’en suis venu à me poser la question suivante : « Cela signifierait-t-il qu’il existe une préférence pour la prière par rapport à l’étude? ». Ma femme me fit remarquer que beaucoup ne prient pas réellement à la Synagogue, mais assistent simplement à la prière. Il n’y aurait donc pas une préférence pour la prière, mais plutôt, pour l’ambiance chaleureuse qui règne dans nos maisons de prières.

Seulement, est-il possible d’ « assister à la prière » ? Ces deux termes ne sont-ils pas antinomiques ?

 

La « prière », en hébreu, se dit « Tefila/תפלה ». On retrouve dans la Torah une expression qui provient de la même racine que ce mot : « פללתי לא » (Béréchit 48, 11).

Les éditions françaises du ‘Houmach traduisent : « Je n’avais pensé », suivant ainsi l’interprétation de Rachi : « Mon cœur ne s’est pas empli [c'est-à-dire : «  il ne m’est pas venu à l’esprit »] de considérer la pensée (…) ».

Il ressort donc de ce commentaire Rachi que la «תפלה » inclut l’acte de penser avec une forte concentration. Il ne suffirait pas à la tête de « penser ». Plus que ça, il faut que « le cœur prenne en considération une pensée ».  

Le Rachbam, le petit-fils de Rachi, explique différemment l’expression « פללתי לא ». Pour lui cela signifie : « Je n’ai pas jugé dans mon cœur ». La prière serait donc, d’après cette explication, un « jugement du cœur ».

Quel rapport y aurait-il entre le jugement et la prière ?

Le Rav Shimshon Raphaël Hirsh explique que faire une «תפלה », c’est « se juger soi-même ». D’après le Rav, il doit y avoir une attitude d’autocritique et d’introspection du début à la fin de la prière :

« Nous prononçons : -Tu aimeras ton D.ieu de tout ton cœur, de toute ton âme, et de tout ton pouvoir- Aussitôt nous nous jugeons nous-mêmes en nous demandons : Est-ce que nous l’aimons vraiment ? Est-ce que vraiment tout notre cœur et toute notre âme sont au service de l’amour de D.ieu ? (…) » (Cité dans la Voix de la Torah, commentaire sur Devarim 11,13).

Dans ces deux explications de l’étymologie hébraïque du mot « prière », nous trouvons un facteur commun : l’effort.

D’après Rachi, il faut en effet « penser » davantage qu’à l’accoutumée, ce qui nécessite un puissant effort mental. Et d’après Rachbam, suivi par R.S.R. Hirsh, il faut se « juger » soi-même, ce qui demande un grand recul sur soi, donc également un effort significatif.

Or, l’effort est toujours actif. A l’inverse, l’idée d’ « assister » sous-entend une certaine passivité. Qui est l’ « assisté » ? C’est celui qui attend passivement que l’on s’occupe de lui.

Le fait d’ « assister à la prière » est donc une contradiction flagrante. Ce serait comme rester passif pour accomplir une action qui nécessite un grand effort, ce qui est tout bonnement impossible !

Bien entendu, il est difficile de s’impliquer dans la prière lorsqu’on ne sait pas lire dans un sidour. Dans un tel cas, mieux vaut alors prendre la traduction française de la prière et essayer de communiquer avec son créateur dans sa langue maternelle. Mais ceci n’est qu’une première étape, pour pouvoir réciter une belle «תפלה », il faut au préalable… ETUDIER !

Il faut rapprendre l’alphabet et venir à des cours dans lesquels l’on travaille sur le sens de nos magnifiques prières !

Il suffit de se renseigner un peu, des cours pour tous niveaux sont dispensés régulièrement de Cagnes sur Mer à Nice. Le CEJ est ouvert 24h/24 (ou presque…) et les CollelMen sont toujours prêts à enseigner à qui désire apprendre…